Denis Orhant a étudié la peinture à l’École des beaux-arts du Mans puis de Rennes dans les années 80 dans l’atelier de Pierre Antoniucci. S’il expose depuis 1998 au Salon de Montrouge, en 2000, alors qu’il présente de grandes pièces composites faites de multiples tableaux qui encadrent des espaces graphiques libres, la réflexion d’un galeriste (« C’est compliqué ») le pousse à en simplifier sa composition. Il radicalise alors son expression picturale, qui reste clairement attachée au collage. Deux plans s’affrontent désormais dans sa peinture : fond et figure restent solidaires mais par le biais d’échanges renouvelés et d’affrontements. Denis Orhant se dit « mangeur de peinture », nourri de l’histoire de celle-ci. La référence à l’histoire de l’art est une « provision » à partir de laquelle le travail sur la peinture va s’établir. S’il cherche des modèles quant à l’unification entre paysage et figure, c’est autant vers Balthus que vers les fresques du Quattrocento qu’il se tourne. Il est aussi vrai que, reprendre la figure depuis l’article de Philippe Dagen à la fin des années 90, reste un enjeu complexe et ne peut se faire que par la conscience d’une rupture.

Ses peintures sont traversées par deux « idées-forces », celle de la figuration et celle de la matérialité de la peinture, toujours distinguées sans qu’elles s’affrontent, comme chez Markus Lüpertz. Depuis 2013, il réalise surtout des tableaux de grand format dans lesquels apparaissent des ensembles de figures, certaines ébauchées, d’autres colorées par leur vêtement, dans une légèreté polychrome que j'aimerais qualifier de buissonnière, où skinheads, scènes de bagarre ou encore saynètes à la Jérôme Bosch se recouvrent par strates. Plus que d’un all-over de personnages, ces figures qu’il nomme « peuplement » sont comme des points dans un carré. Au format carré, justement, Denis Orhant trouve une égalité de forces stylistique. Il s’agit d’« être mesuré et paradoxalement de ne pas l’être ». Ses figures – figurines ? – sont réunies comme s’il s’agissait de groupes familiers. Des hommes, des femmes, des enfants se serrent, semblent jouer, partageant un moment, agréable, estival ? L’espace pictural dans lequel se jouent des épisodes, toutefois, se dérobe à l’expression d’un seul et même territoire. Ce qui s’énonce est, d’une certaine manière, quelque chose qui ressemble à un fond de peinture, suffisamment dense pour exister seul. Par ailleurs, Denis Orhant travaille également le bord du tableau qui semble répondre, dans une palette proche de celle du fond, à quelque chose qui, finalement, échappe au peintre et devient un « produit ». La figure vient toujours après coup, aucun personnage n’est placé au hasard, c’est parfois une question de quelques centimètres.

Faire apparaître des figures, ici, c’est d’abord peindre l’humain, sans qu’il y ait jamais trace de pathos. Après avoir travaillé la figure familiale, Denis Orhant a élargi son répertoire en intégrant ses « mille et une photos de partout », prises dans la grande base anonyme d’Internet. Des images qui restent familières comme celles d’un journal télévisé où violence et image du bonheur se succèdent. Le questionnement sur l’acte de peindre reprend toujours le dessus chez l’artiste. Il s’agit de poser la peinture comme une macule, dit-il, une salissure. C’est une sorte de lésion cutanée, une tache superficielle de la peau du tableau. Le fond répond à un « à propos » que l’on distingue entre technique, couleur et épaisseur. La palette choisie oscille entre un carmin et un pourpre. Le choix de la couleur est solidaire de son application, transparente ici, plus épaisse là-bas. Mais cette peinture est sans aucun pathos, on est entre la photographie et Masaccio. C’est une connexion qui serait le leitmotiv de sa peinture.
Parallèlement, dans le processus de création, de petites toiles naissent. Elles respirent, sont comme un portrait ou un écho. 
Denis Orhant pourrait reprendre pour sa peinture, les mots de Gilles Aillaud pour qui le tableau "est le discours que tient une personne à une autre personne sur le monde dans lequel elles vivent ensemble", sans que ce fond iconoclaste, derrière lequel il se présente n'en souffre.

HORAIRES : 

Du mardi au samedi de 14h30 à 19h00

HEURES DE VERNISSAGE : 

de 17h30 à 21h

MOYENS D'ACCÈS : 

LIGNE 1 - BASTILLE

LIGNE 8 - LEDRU-ROLlIN

BUS 46 - VOLTAIRE LÉON BLUM