Tarik Chebli

Tarik Chebli est un artiste peintre français né à Nantes en 1993. Il vit et travaille entre Paris et Berlin depuis l’obtention de son master en recherche en arts plastiques à l’université de Rennes 2 en 2018. Il est représenté et exposé par la galerie Akié Arichi à Paris depuis 2017.

Dans les tableaux de Tarik Chebli il y a des animaux – des papillons, des poissons, des oiseaux, et quelques singes. Il y a aussi des végétaux – des herbes folles, des plantes drues et des fleurs. Tout cela grouille dans les épaisseurs de la peinture, dans les empâtements, les chaos de tâches, les marbrures polychromes. Les formes animales et végétales naissent de celles qu’ont produites diverses opérations aléatoires : jets de matières plus ou moins fluides, agglomérations de pâtes épaisses, intrications de traces raclées, frottées. De prime abord, le tableau peut apparaître comme le résultat d’un exercice jouissif, celui qui consiste à triturer des substances colorées pour y voir naître des formes involontaires, potentiellement fleurs ou oiseaux. Toutefois la formation de ce monde vivant ne consiste pas seulement à convertir des accidents de matière en des figures : certains poissons, certains oiseaux, certaines corolles de fleurs ont été dessinés et colorés consciencieusement, plaqués sur la surface, dans une sorte d’indifférence aux irrégularités du support qui les accueille. Cette manière de faire, délicate et candide, contrebalance la confiance que cette peinture semble accorder aux effets d’une manipulation impulsive des matières. Et c’est un rôle analogue que jouent des éléments d’un autre type encore : ce sont les empâtements et les mélanges fluides qui ne sont pas devenus animaux ou végétaux, qui n’ont pas acquis le statut de formes nommables et qui demeurent masses lourdes aux teintes saturées, zones embuées et blafardes, comme pour freiner la peinture dans ses excès de lyrisme.

Dans les tableaux de Tarik Chebli il y a donc des tensions, des discordances. Cette peinture qui balance entre un plaisir de la matérialité et une application à reproduire des figures est équivoque. Elle semble exprimer une vitalité animale et végétale comme saisie sur le vif ; et elle aussi un espace saturé, un monde trop plein, bourdonnant, étouffant, comme si cette idée de nature était une construction fantasmatique, le produit d’images et de souvenirs lointains.

Tarik Chebli