SUPERPOSITION PLUS

05 octobre • 10 novembre 2022

TAKAHISA KAMIYA

La galerie Akié Arichi est heureuse de présenter « Superposition plus », une exposition personnelle consacrée à l’artiste japonais Takahisa Kamiya japonais (né en 1948 à Tokyo).

Le métal semble bien être le fil d’ariane de Kamiya. En effet, après une formation de sculpteur dans son pays d’origine, notre artiste se forme dès 1976 à l’école nationale des arts et métiers, section métal. C’est bien le métal qui l’amène à la sculpture et non la sculpture qui le conduit à travailler le métal. En cela on retrouve en Kamiya toute l’ambiguïté originelle qui réside dans la position de ceux que l’on nomme artistes – cette frontière indéfinie en mouvement perpétuel, comme jeu de fuite ou de dialogue avec l’artisan. A bien regarder le travail de Kamiya et surtout la manière dont se dernier le qualifie, on tourne, retourne et retrouve les notions d’assemblage et de Superposition, puisque c’est bien comme cela qu’il préfère définir ses œuvres les renvoyant à la seule action plastique et leur dimension programmatique. On pourrait même aller plus loin en convoquant celle du bricolage au sens noble du terme. En effet, on retrouve dans son atelier d’artiste de Palaiseau des plaques de contreplaqué, des rouleaux de plomb, des pinces, des machines, des outils de soudure, de découpage, une bouteille d’oxygène, etc., à côté d’une petite étagère de vernis et d’encres. En somme un univers qui invoque davantage notre imaginaire de l’artisan, du bricoleur que celui du peintre – et puis après tout pourquoi pas ? En donnant dans son travail une place centrale à l’assemblage, l’artiste japonais rejoue le rapport signifiant/signifié. Il vient questionner notre rapport au signe, au langage. Il superpose des éléments simples, d’un registre non-référentiel : des demi-sphères en plastique, des rectangles ou des carrés de plomb peint, des figures géométriques à l’encre, etc. Mais c’est bien dans l’assemblage, le bricolage, la superposition de ces « in-signifiants » que la magie opère. Il y a une apparence simple de l’objet et une complexité (surmontable) du regard pour démêler la stratification séquentielle de l’assemblage. Cette organisation devient autoréférentielle et modulaire, elle a un lien avec le minimalisme. Mais les sculptures murales de Kamiya ne sont en fin de compte pas uniquement des textures, des couleurs, des reliefs. Les pleins et les vides jouent avec la lumière et l’instant dans une esthétique de la présentation et de l’œuvre autonome. En renvoyant au chapelet des opérations plastiques, donc aussi concrètement à l’unité de la durée, au temps présent qui contient le passé et le futur, ses travaux dépassent la dé-subjectivation moderne. Il nous montre purement au travers de son langage plastique, la photographie d’un fragment de mare au Japon. A la surface, on reconnaît les premières feuilles mortes de la saison, celles de l’automne dernier qui flottent encore, et d’autres aussi, plus sombres, presque noires, qui remontent aux années révolues. Dans les profondeurs de l’eau claire se devine la sédimentation de plus anciennes feuilles encore, tandis que la surface reflète les hauts arbres verdoyants. Les Superposition de Kamiya, proche du shintoïsme, proposent une structure symbolique de cette temporalité où se cristallisent, en un seul lieu, le passé, le présent et l’après. A un autre niveau, chacune de ses œuvres, datée, continue elle aussi à se superposer aux œuvres précédentes et à se rapporter à l’œuvre à venir. Renouvelant son travail, l’artiste nous propose aujourd’hui dans cette exposition de dépasser, voir d’inverser son univers essentiellement composé du noir – royaume des ombres et de la lumière - pour venir en parallèle explorer le blanc dans toutes ses nuances, comme un nouveau territoire, un nouveau regard sur ses assemblages. Tout au long de l'exposition y sera également proposé sa monographie.